Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année V — Octobre 1862

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DISSERTATIONS SPIRITES


LE SPIRITISME ET L’ESPRIT MALIN

(Groupe de Sainte-Gemme.  †  — Médium, M. C…)

De tous les travaux auxquels se livre l’humanité, ceux-là sont préférables qui rapprochent le plus la créature de son créateur, qui la mettent chaque jour, à chaque instant, à même d’admirer l’ouvrage divin qui est sorti et qui sort incessamment de ses mains toutes-puissantes. Le devoir de l’homme est de se prosterner, d’adorer sans cesse Celui qui lui a donné les moyens de s’améliorer comme Esprit, et de parvenir ainsi au bonheur suprême, qui est le but final vers lequel il doit tendre.

S’il est des professions qui, presque exclusivement intellectuelles, donnent à l’homme les moyens d’élever le niveau de son intelligence, un danger, et un grand danger se trouve placé à côté de ce bienfait. L’histoire de tous les temps prouve ce qu’est ce danger et combien de maux il peut engendrer. Vous êtes doués d’une intelligence supérieure : sous ce rapport vous êtes plus rapprochés que vos frères de la Divinité, et vous aboutissez à nier cette Divinité elle-même, ou à en faire une autre tout à fait contraire à ce qu’elle est en réalité ! On ne saurait trop le répéter, et il ne faut jamais se lasser de le dire : l’orgueil est l’ennemi le plus acharné du genre humain. Eussiez-vous mille bouches, que toutes devraient dire sans cesse la même chose.

Dieu vous a tous créés simples et ignorants n tâchez d’avancer d’un pas aussi assuré que possible ; cela dépend de vous : Dieu ne refuse jamais la grâce à celui qui la lui demande de bonne foi. Tous les états peuvent également vous amener au but désiré, si vous vous conduisez selon la voie de la justice, et si vous ne faites pas plier votre conscience au gré de vos caprices. Il est néanmoins des états où il est plus difficile d’avancer que dans d’autres ; aussi Dieu tiendra-t-il un compte certain à ceux qui, ayant accepté, comme épreuve, une position ambiguë, auront parcouru sans broncher cette route glissante ou du moins auront fait, pour se relever, tous les efforts humainement possibles.

C’est là qu’il faut avoir une foi sincère, une force peu commune pour résister aux entraînements en dehors de la voie de justice ; mais c’est là aussi qu’on peut faire un bien immense à ses frères malheureux. Ah ! il a beaucoup de mérite celui qui touche le bourbier sans que ses vêtements ni lui-même en soient souillés ! il faut qu’une flamme bien pure brûle en lui ! mais aussi, quelle récompense ne lui est pas réservée à la sortie de cette vie terrestre !  n

Que ceux qui se trouvent en position pareille méditent bien ces paroles ; qu’ils se pénètrent bien de l’esprit qu’elles renfermement, et il s’opèrera en eux une révolution bienfaisante qui fera succéder les doux épanchements du cœur aux étreintes de l’égoïsme.

Qui fera, comme dit l’Évangile, de ces hommes des hommes nouveaux ?

Et pour accomplir ce grand miracle, que faut-il ? il faut qu’ils veuillent bien reporter leur pensée à ce qu’ils sont destinés à devenir après leur mort. Ils sont tous convaincus que demain peut ne pas exister pour eux ; mais, effrayés par le sombre et désolant tableau des peines éternelles, auxquelles ils refusent de croire par intuition, ils s’abandonnent au courant de la vie actuelle ; ils se laissent entraîner par cette cupidité fiévreuse qui les porte à amasser toujours, par tous les moyens permis ou non ; ils ruinent sans pitié un pauvre père de famille, et ils prodiguent au vice des sommes qui suffiraient à faire vivre une ville entière pendant plusieurs jours. Ils détournent les yeux du moment fatal. Ah ! s’ils pouvaient le regarder en face et de sang-froid, comme ils changeraient vite de conduite ! comme on les verrait empressés de rendre à son légitime propriétaire ce morceau de pain noir qu’ils ont eu la cruauté de lui enlever pour augmenter, au prix d’une injustice, une fortune construite d’injustices accumulées ! Pour cela que faut-il ? il faut que la lumière spirite éclate ; il faut qu’on puisse dire, comme un grand général disait d’une grande nation : Le Spiritisme est comme le soleil, aveugle qui ne le voit pas ! Les hommes qui se disent et qui se croient chrétiens et qui repoussent le Spiritisme sont bien aveugles !

Quelle est la mission de la doctrine que la main toute-puissante du Créateur sème dans le monde au moment présent ? C’est d’amener les incrédules à la foi, les désespérés à l’espérance, les égoïstes à la charité. Ils se disent chrétiens et ils lancent l’anathème à la doctrine de Jésus-Christ ! Il est vrai qu’ils prétendent que c’est l’Esprit malin qui, pour mieux se déguiser, vient prêcher cette doctrine dans le monde. Malheureux aveugles ! pauvres malades ! que Dieu veuille bien, dans son inépuisable bonté, faire cesser votre aveuglement et mettre un terme aux maux qui vous obsèdent !

Qui vous a dit que c’était l’Esprit du mal ? qui ? vous n’en savez rien. Avez-vous demandé à Dieu de vous éclairer sur ce sujet ? Non, ou si vous l’avez fait, vous aviez une idée préconçue. L’Esprit du mal ! Savez-vous qui vous a dit que c’est l’Esprit du mal ? c’est l’orgueil, c’est l’Esprit du mal lui-même qui vous porte à condamner, chose révoltante ! à condamner, dis-je, l’Esprit de Dieu représenté par les bons Esprits qu’il envoie au monde pour le régénérer !

Examinez du moins la chose, et, suivant les règles établies, condamnez ou absolvez. Ah ! si vous vouliez seulement jeter un coup d’œil sur les résultats inévitables que doit amener le triomphe du Spiritisme ; si vous vouliez voir les hommes se considérant enfin comme frères, tous convaincus que d’un moment à l’autre Dieu leur demandera compte de la manière dont ils ont rempli la mission qui leur avait été donnée ; si vous vouliez voir partout la charité prenant la place de l’égoïsme, le travail prenant partout la place de la paresse ; — car, vous le savez, l’homme est né pour le travail : Dieu lui en a fait une obligation à laquelle il ne peut se soustraire sans contrevenir aux ordres divins ; — si vous vouliez voir d’un côté ces malheureux qui disent : Damnés dans ce monde, damnés dans l’autre, soyons criminels et jouissons ; et de l’autre ces hommes de métal, ces accapareurs de la fortune de tous, qui disent : L’âme est un mot ; Dieu n’existe pas ; si rien n’existe de nous après la mort, jouissons de la vie ; le monde se compose d’exploiteurs et d’exploités ; j’aime mieux faire partie des premiers que des seconds ; après moi le déluge ! Si vous reportiez vos regards sur ces deux hommes qui, à eux deux, personnifient le brigandage, le brigandage de la bonne compagnie et celui qui conduit au bagne ; si vous les voyiez transformés par la croyance à l’immortalité que leur a donnée le Spiritisme, oseriez-vous dire que c’est par l’Esprit du mal ?

Je vois vos lèvres se plisser de dédain, et je vous entends dire : C’est nous qui prêchons l’immortalité, et nous avons crédit pour cela. On aura toujours plus de confiance en nous qu’en ces songeurs creux qui, s’ils ne sont pas fripons, ont rêvé que les morts sortaient de leurs tombeaux pour se communiquer à eux. A cela toujours la même réponse : Examinez, et si, convaincus une bonne fois, ce qui ne peut manquer si vous êtes sincères, au lieu de maudire, vous bénirez, ce qui doit être beaucoup plus dans vos attributions selon la loi de Dieu.

La loi de Dieu ! vous en êtes, selon sous, les seuls dépositaires, et vous vous étonnez que d’autres prennent une initiative qui, d’après vous, n’appartient qu’à vous seuls ? Eh bien ! écoutez ce que les Esprits envoyés de Dieu ont charge de vous dire :

« Vous qui prenez au sérieux votre ministère, vous serez bénis, car vous aurez accompli toutes les œuvres, non-seulement ordonnées, mais conseillées par le divin Maître. Et vous qui avez considéré le sacerdoce comme un moyen d’arriver humainement, vous ne serez point maudits, quoique vous en ayez maudit d’autres, mais Dieu vous réserve une punition plus juste.

« Le jour viendra où vous serez obligés de vous expliquer publiquement sur les phénomènes spirites, et ce jour n’est pas loin. Alors vous vous trouverez dans la nécessité de juger, puisque vous vous êtes érigés en tribunal ; de juger qui ? Dieu lui-même, car rien n’arrive sans sa permission.

« Voyez où vous a conduits l’Esprit du mal, c’est-à-dire l’orgueil ! au lieu de vous incliner et d’adorer, vous vous roidissez contre la volonté de Celui qui seul a le droit de dire : Je veux, et vous dites que c’est le démon qui dit : Je veux !

« Et, maintenant si vous persistez à ne croire qu’aux manifestations des mauvais Esprits, rappelez-vous les paroles du Maître qu’on accusait de chasser les démons au nom de Belzébuth : Tout royaume divisé contre lui-même périra. »  ( † )

Hippolyte Fortoul



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[1] Cette proposition touchant l’état primitif des âmes, formulée pour la première fois dans le Livre des Esprits, est partout aujourd’hui répétée dans les communications ; elle trouve ainsi sa consécration à la fois dans cette concordance et dans la logique, car aucun autre principe ne saurait mieux répondre à la justice de Dieu. En donnant à tous les hommes un même point de départ, il a donné à tous la même tâche à remplir pour arriver au but ; nul n’est privilégié par la nature ; mais comme ils ont leur libre arbitre, les uns avancent plus vite et d’autres plus lentement. Ce principe de justice est inconciliable avec la doctrine qui admet la création de l’âme en même temps que le corps ; il comporte en lui-même la pluralité des existences, car si l’âme est antérieure au corps, c’est qu’elle a déjà vécu.


[2] On s’étonne que des Esprits puissent choisir une incarnation dans un de ces milieux où ils sont en contact incessant avec la corruption ; parmi ceux qui se trouvent dans ces positions infimes de la société, les uns les ont choisies par goût, et pour trouver à satisfaire leurs penchants ignobles ; d’autres, par mission et par devoir, pour essayer de tirer leurs frères de la fange, et pour avoir plus de mérite à lutter eux-mêmes contre de pernicieux entraînements, et leur récompense sera en raison de la difficulté vaincue. Tel parmi nous est l’ouvrier qui est payé en proportion du danger qu’il court dans l’exercice de sa profession.


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