Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année V — Novembre 1862

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DISSERTATIONS SPIRITES


LE DUEL

(Bordeaux, W 21 novembre 1861. — Médium, M. Guipon.)

1° Considérations générales.


L’homme, ou Esprit incarné, peut être sur votre terre : en mission, — en progression, — en punition.

Ceci posé, il faut que vous sachiez, une fois pour toutes, que l’état de mission, progression ou punition doit, sous peine de recommencer son épreuve, arriver au terme fixé par les décrets de la justice suprême.

Avancer par soi-même ou par provocation l’instant fixé par Dieu pour la rentrée dans le monde des Esprits, est donc un crime énorme ; le duel est un crime plus grand encore ; car non-seulement c’est un suicide, mais de plus un assassinat raisonné.

En effet, croyez-vous que le provoqué et le provocateur ne se suicident pas moralement en s’exposant volontairement aux coups mortels de l’adversaire ? Croyez-vous que tous deux ne sont pas des assassins du moment qu’ils cherchent mutuellement à s’ôter l’existence choisie par eux ou imposée par Dieu en expiation ou comme épreuve ?

Oui, je te le dis, mon ami, deux fois criminels aux yeux de Dieu sont les duellistes ; deux fois terrible sera leur punition ; car nulle excuse ne sera admise, tout, par eux, étant froidement calculé et prémédité.

Je lis dans ton cœur, mon enfant, car toi aussi as été un pauvre égaré, et voici ma réponse.

Pour ne pas succomber à cette terrible tentation, il ne vous faut qu’humilité, sincérité et charité pour votre frère en Dieu ; vous ne succombez, au contraire, que par orgueil et ostentation !


2° Conséquences spirituelles.


Celui qui, par humilité, aura, comme le Christ, supporté le dernier outrage et pardonné de cœur et pour l’amour de Dieu, aura, outre les récompenses célestes de l’autre vie, la paix du cœur en celle-ci et une joie incompréhensible d’avoir respecté deux fois l’œuvre de Dieu.

Celui qui, par charité pour son prochain, lui aura prouvé son amour fraternel, aura dans l’autre vie la protection sainte et le concours tout-puissant de la glorieuse mère du Christ, car elle aime et bénit ceux qui exécutent les commandements de Dieu, ceux qui suivent et pratiquent les enseignements de son Fils.

Celui qui, malgré tous les outrages, aura respecté l’existence de son frère et la sienne, trouvera, à son entrée dans le monde éthéré, des millions de légions de bons et purs Esprits qui viendront, non l’honorer pour son action, mais lui prouver, par leur empressement à venir lui faciliter ses premiers pas dans sa nouvelle existence, quelle sympathie il a su s’attirer et quels véritables amis il s’est fait parmi eux, ses frères. Tous ensemble élèveront vers Dieu de sincères actions de grâces pour sa miséricorde qui a permis à leur frère de résister à la tentation.

Celui-là, dis-je, qui aura résisté à ces tristes tentations, peut, non pas espérer le changement des décrets de Dieu, lesquels sont immuables, mais compter sur la bienveillance sincère et affectueuse de l’Esprit de vérité, le Fils de Dieu, lequel saura d’une manière incomparable inonder son âme du bonheur de comprendre l’Esprit de justice parfaite et de bonté infinie, et, par suite, le sauvegarder de toute nouvelle embûche semblable.

Ceux au contraire qui, provoqués ou provocateurs, auront succombé, peuvent être certains qu’ils éprouveront les plus grandes tortures morales par la présence continuelle du cadavre de leur victime et du leur propre ; ils seront rongés pendant des siècles, par le remords d’avoir désobéi aussi gravement aux volontés célestes, et seront poursuivis, jusqu’au jour de l’expiation, par le spectre horrible des deux hideuses vues de leurs deux cadavres sanglants.

Heureux encore s’ils allègent eux-mêmes ces souffrances par un repentir sincère et profond leur ouvrant les yeux de l’âme, car alors, au moins, ils entreverront une fin à leurs peines, comprendront Dieu et lui demanderont la force de ne plus provoquer sa justice terrible.


3° Conséquences humaines.


Les mots de devoir, honneur, cœur, sont souvent mis en avant par les hommes pour justifier leurs actions, leurs crimes.

Comprennent-ils toujours ces mots ? Ne sont-ils pas le résumé des intentions du Christ ? Pourquoi donc en tronquer le sens ? Pourquoi donc retourner au barbarisme ?

Malheureusement, la généralité des hommes est encore sous l’influence de l’orgueil et de l’ostentation ; pour s’excuser à leurs propres yeux, ils font sonner bien haut ces mots de devoir, honneur et cœur, et ne se doutent pas qu’ils signifient : exécution des commandements de Dieu, sagesse, charité et amour. Avec ces mots, pourtant, ils égorgent leurs frères ; avec ces mots, ils se suicident ; avec ces mots, ils se perdent.

Aveugles qu’ils sont ! ils croient être forts parce qu’ils auront entraîné un malheureux plus faible qu’eux. Aveugles ils sont, lorsqu’ils croient que l’approbation de leur conduite par des aveugles et méchants comme eux leur donnera la considération humaine ! la société même au milieu de laquelle ils vivent les réprouve et les maudira bientôt, car le règne de la fraternité arrive. En attendant, ils sont fuis par les hommes sages, comme des bêtes fauves.

Examinons quelques cas, et nous verrons si le raisonnement justifie leur interprétation des mots de devoir, honneur et cœur.

Un homme a le cœur percé de douleur et l’âme pleine d’amertume, car il a surpris les preuves irréfutables de l’inconduite de sa femme ; il provoque l’un des séducteurs de cette pauvre et malheureuse créature. Cette provocation sera-t-elle le résultat de ses devoirs, de son honneur et de son cœur ? Non ; car son honneur ne lui sera pas rendu, car son honneur personnel n’a pas été et ne peut être atteint ; mais ce sera de la vengeance.

Mieux encore ; pour prouver que son prétendu honneur n’est pas en jeu, c’est que très souvent son malheur est même ignoré et resterait ignoré, s’il n’était publié par les mille voix provoquées par le scandale occasionné par sa vengeance.

Enfin, si son malheur était connu, il serait plaint sincèrement par tous les hommes sensés, en retirerait des preuves nombreuses de véritable sympathie, et il n’y aurait contre lui que les rieurs au cœur méchant et endurci, mais méprisables.

Dans l’un et l’autre cas, son honneur ne serait ni rendu ni retiré.

L’orgueil seul est donc le guide de presque tous les duels, et non l’honneur.

Croyez-vous que le duelliste, pour un mot, la fausse interprétation d’une phrase, le frottement insensible et involontaire d’un bras en passant, pour un oui ou un non enfin, et même quelquefois pour un regard qui ne lui était pas adressé, soit poussé par un sentiment d’honneur à demander une prétendue réparation par l’assassinat et le suicide ? Oh ! n’en doutez pas, l’orgueil et la certitude de sa force sont ses seuls mobiles, souvent aidés de l’ostentation ; car il veut parader, faire preuve de courage, de savoir et quelquefois de générosité : Ostentation ! ! !

Ostentation, je le répète, car ses connaissances en duellisme sont les seules vraies ; son courage et sa générosité, des mensonges.

Voulez-vous le mettre à l’épreuve réelle, ce spadassin courageux ? mettez-le en face d’un rival ayant une réputation infernale au-dessus de la sienne, et pourtant peut-être d’un savoir inférieur au sien, il pâlira et fera tout pour éviter le combat ; mettez-le en face d’un être plus faible que lui, ignorant cette science doublement mortelle, vous le verrez impitoyable, hautain et arrogant, même lorsqu’il est contraint d’avoir pitié. – Est-ce du courage ?

La générosité ! oh ! parlons-en. – Est-il généreux, l’homme confiant en sa force, qui, après avoir provoqué la faiblesse, lui octroie la continuation d’une existence bafouée et donnée en ridicule ? Est-il généreux, celui qui, pour l’obtention d’une chose désirée et convoitée, provoque son faible possesseur pour l’obtenir ensuite en récompense de sa générosité ? Est-il généreux, celui qui, usant de ses talents criminels, épargne la vie d’êtres faibles qu’il a injuriés ? Est-il généreux encore, lorsqu’il donne une semblable preuve de générosité au mari ou au frère qu’il a indignement outragé, et qu’il expose alors par le désespoir à un second suicide ?

Oh ! croyez-moi tous, mes amis, le duel est une affreuse et horrible invention des Esprits méchants et pervers, invention digne de l’état de barbarie et qui afflige le plus notre père, le Dieu si bon.

A vous, Spirites, de combattre et de détruire cette triste habitude, ce crime digne des anges des ténèbres ; à vous, Spirites, de donner le noble exemple du renoncement quand même et malgré tout à ce funeste mal ; à vous, Spirites sincères, de faire comprendre le sublime de ces mots : devoir, honneur et cœur, et Dieu parlera par vos voix ; à vous enfin le bonheur de semer parmi vos frères les graines si précieuses et ignorées par nous, pendant notre existence sur la terre, du Spiritisme.

Ton père, Antoine


Remarque. — Les duels deviennent de plus en rares, — en France du moins, — et si l’on en voit encore de temps en temps de douloureux exemples, le nombre n’en est pas comparable à ce qu’il était autrefois. Jadis un homme ne sortait pas de chez lui sans prévoir une rencontre, aussi prenait-il toujours ses précautions en conséquence. Un signe caractéristique des mœurs du temps et des peuples est dans l’usage du port habituel, ostensible ou caché, des armes offensives et défensives ; l’abolition de cet usage témoigne de l’adoucissement des mœurs, et il est curieux d’en suivre la gradation depuis l’époque, où les chevaliers ne chevauchaient jamais que bardés de fer et armés de la lance, jusqu’au port de la simple épée, devenue plutôt une parure et un accessoire du blason, qu’une arme agressive. Un autre trait de mœurs, c’est que jadis les combats singuliers avaient lieu en pleine rue, devant la foule qui s’écartait pour laisser le champ libre, et qu’aujourd’hui on se cache ; aujourd’hui la mort d’un homme est un événement, on s’en émeut ; jadis on n’y faisait pas attention. Le Spiritisme emportera ces derniers vestiges de la barbarie, en inculquant aux hommes l’esprit de charité et de fraternité.



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