Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année V — Mai 1862

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LE BOULANGER INHUMAIN

SUICIDE [de Mary]

1 — Une correspondance de Crefled,  †  (Prusse rhénane), du 25 janvier 1862, et insérée dans le Constitutionnel du 4 février, contient le fait suivant :


« Une pauvre veuve, mère de trois enfants, entre dans la boutique d’un boulanger et le prie instamment de lui faire crédit d’un pain. Le boulanger refuse. La veuve réduit sa demande à un demi pain, et enfin à une livre de pain seulement pour ses enfants affamés. Le boulanger refuse encore, quitte la place et entre dans l’arrière-boutique ; la femme, croyant n’être pas vue, s’empare d’un pain et s’en va. Mais le vol, immédiatement découvert, est dénoncé à la police.

« Un agent se rend chez la veuve et la surprend qui coupait des morceaux de pain à ses enfants. Elle ne nie pas le vol, mais s’excuse sur la nécessité. L’agent de police tout en blâmant la dureté du boulanger, insiste pour qu’elle le suive au bureau du commissaire.

« La veuve demande seulement quelques instants pour changer de robe. Elle entre dans la chambre à coucher, mais elle y reste assez longtemps pour que l’agent, perdant patience, se décide à ouvrir la porte : la malheureuse était par terre inondée de sang. Avec le même couteau qui venait de couper le pain à ses enfants elle avait mis fin à ses jours. »


2 — Cette notice ayant été lue dans la séance de la Société du 14 février 1862, on avait proposé de faire l’évocation de cette malheureuse femme, lorsqu’elle vint elle-même se manifester spontanément par la communication suivante. Il arrive souvent que des Esprits dont il est question se révèlent de cette manière ; il est incontestable qu’ils sont attirés par la pensée, qui est une sorte d’évocation tacite. Ils savent qu’on s’occupe d’eux, et ils viennent ; ils se communiquent alors si l’occasion leur paraît opportune ou s’ils trouvent un médium à leur convenance. On comprend, d’après cela, qu’il n’est besoin ni d’avoir un médium, ni même d’être Spirite pour attirer les Esprits dont on se préoccupe.

« Dieu a été bon pour la pauvre égarée, et je viens vous remercier pour la sympathie que vous avez bien voulu me témoigner. Hélas ! devant la misère et la faim de mes pauvres petits enfants, je me suis oubliée et j’ai failli. Alors je me suis dit : Puisque tu es impuissante à nourrir tes enfants et que le boulanger refuse le pain à ceux qui ne peuvent le payer ; puisque tu n’as ni argent ni travail, meurs ! parce que lorsque tu ne seras plus là on leur viendra en aide. En effet, aujourd’hui la charité publique a adopté ces pauvres orphelins. Dieu m’a pardonné, car il a vu ma raison chanceler et mon désespoir affreux. J’ai été la victime innocente d’une société mal, trop mal réglée. Ah ! remerciez Dieu, de vous avoir fait naître dans cette belle contrée de France où la charité va chercher et soulager toutes les misères.

« Priez pour moi afin que je puisse bientôt réparer la faute que j’ai commise ; non par lâcheté mais par amour maternel. Que vos Esprits protecteurs sont bons ! ils me consolent, me fortifient, m’encouragent, en me disant que mon sacrifice n’a pas été désagréable au grand Esprit qui, sous l’œil et la main de Dieu, préside aux destinées humaines. »


3 LA PAUVRE MARY


(Med., M. d’Ambel.)

A la suite de cette communication l’Esprit de Lamennais donne l’appréciation suivante sur le fait en question :


« Cette malheureuse femme est une des victimes de votre monde, de vos lois et de votre société. Dieu juge les âmes, mais aussi il juge les temps et les circonstances ; il juge les choses forcées et le désespoir ; il juge le fond et non la forme ; et j’ose l’affirmer, cette malheureuse est morte non par crime mais par pudeur, par crainte de la honte ; c’est que là où la justice humaine est inexorable, juge et condamne les faits matériels, la justice divine constate le fond du cœur et l’état de la conscience. Il serait à désirer que l’on développât chez certaines natures privilégiées un don qui serait bien utile, non pour les tribunaux, mais pour l’avancement de quelques personnes : ce don est une sorte de somnambulisme de la pensée qui découvre bien souvent des choses cachées, mais que l’homme habitué au courant de la vie néglige et atténue par son manque de foi. Il est certain qu’un médium de ce genre, en examinant cette pauvre femme, eût dit : Cette femme est bénie de Dieu parce qu’elle est malheureuse, et cet homme est maudit parce qu’il lui a refusé du pain. O Dieu ! quand donc tous tes dons seront-ils reconnus et mis en pratique ? Aux yeux de ta justice, celui qui a refusé le pain sera puni, car Christ a dit : Celui qui donne du pain à son prochain le donne à moi-même. »

Lamennais

(Med., M. A. Didier.)



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